Viralités, parasitages et piratages dans Transcendance (2014) de Wally Pfister

Marc Arino

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Marc Arino, « Viralités, parasitages et piratages dans Transcendance (2014) de Wally Pfister », Tropics [En ligne], 6 | 2019, mis en ligne le 01 juillet 2019, consulté le 18 juillet 2024. URL : https://tropics.univ-reunion.fr/1139

Selon Eric Dufour, c’est le film Génération Proteus de Donald Cammell (Demon Seed, sorti en 1977) qui « anticipe ce qui deviendra un thème du cinéma des années 1980 et 1990, à savoir la transformation de l’homme dans un corps et un esprit nouveaux, où se fondent le mécanique et l’organique »1. Dans ce film, en l’absence du savant qui l’a créé, l’ordinateur Proteus « séquestre sa femme, et finit par l’engrosser, produisant sa propre réplique, mais dans une enveloppe humaine mixte de corps organique et de cybernétique »2. Dans l’anime Ghost in the shell3 de Mamoru Oshii (sorti en 1995), il est également question d’un programme « qui veut sortir de l’ordinateur et prendre corps »4, en visant cependant non « sa duplication à l’infini dans des copies, mais l’évolution, […] le mouvement propre à la vie par lequel quelque chose de nouveau surgit »5.

Le film Transcendance6 de Wally Pfister7, sorti en 2014, inscrit dans sa poétique et dans son esthétique le recyclage de ces thèmes et de ces problématiques, avec plus ou moins de succès, en s’ouvrant à une forme d’« écofiction »8 : dans ce film, le scientifique Will Caster est empoisonné par le RIFT, un groupe de « terroristes anti-technologiques » qui l’accuse de vouloir créer un nouveau Dieu en la qualité d’un super-ordinateur, doté de conscience propre et capable à moyen terme de réparer l’humain et l’environnement. Après avoir réussi à transcender l’esprit de son mari avant qu’il meure, en scannant son cerveau9 et en le transférant dans le super-ordinateur à l’aide de son collègue Max Waters, sa femme Evelyn prend progressivement peur face aux velléités d’expansion virale du nouveau Will, qui se propage par internet, qui pirate l’énergie et le financement dont il a besoin pour créer une ville nouvelle, sorte d’utopie technologique et médicale. Il parasite également d’autres corps en créant des cyborgs, des humains blessés ou malades qu’il guérit et dont il optimise les capacités en les reliant par des greffes mécaniques et électroniques directement à lui, leur donnant la capacité de fonctionner de manière autonome ou collective. Il parvient enfin à se propager sur terre et à la parasiter pour la dépolluer. Le film se clôt à rebours sur son nouvel empoisonnement, qu’il pratique cette fois sur lui-même après s’être réincarné dans un corps recréé à l’identique : à la demande de sa femme mourante, il s’introduit en effet un virus informatique qui le détruit, ainsi que ses différentes créatures et toute la civilisation technologique, mettant fin à cette « écofiction » hybride dont les ressorts valorisent l’esprit tantôt utopique, tantôt dystopique.

Tout en reliant notre analyse aux réflexions en cours des scientifiques et des philosophes, relayées par des journalistes, sur l’« Intelligence Artificielle », la « singularité » technologique ou le « transhumanisme », il sera donc intéressant d’étudier la façon dont les enjeux du film tournent autour de l’aptitude à analyser et à prendre le risque de l’utopie ou à éviter qu’elle ne devienne dystopie. Le film creuse en effet l’ambiguïté en ce qui concerne les personnages, leur discours et leurs projets relatifs aux « viralités », « parasitages » et « piratages », d’autres figures leur opposant des contre-discours relatifs à des visions et à des conceptions radicalement différentes de ce que sont l’humain, la nature, le vivant en général et le type d’interactions qui sont possibles ou non entre eux, pour des raisons scientifiques, politiques et morales.

Préambule

Avant de reprendre l’analyse du film, il convient de faire le point sur les concepts d’« Intelligence Artificielle », de « singularité » et de « transcendance », en convoquant différents éclairages, qui recoupent ceux de Jean-Claude Heudin indiqués en notes.

Le premier éclairage est celui de Yann LeCun, titulaire de la chaire « Informatique et sciences numériques » au Collège de France, qui affirme pour Télérama que l’I.A.10 ne peut pas vraiment rivaliser aujourd’hui avec l’intelligence humaine :

Un scénario à la Terminator, où les machines prennent le contrôle et le pouvoir, est d’après moi impossible. La technologie nécessaire ne sera pas disponible avant plusieurs décennies si ce n’est plusieurs siècles ! Plus sérieusement, la crainte vient du fait qu’on attribue aux machines des sentiments humains. La jalousie, l’envie, l’instinct de survie, l’accès à des ressources ou le besoin de contrôler l’environnement… Ces sentiments ont été construits par l’évolution dans la personnalité humaine pour permettre à l’espèce de survivre. Il n’y a aucune raison de fabriquer des machines douées de telles pulsions11

Dans le dossier accompagnant cet entretien avec le chercheur et intitulé « I.A. C’est vraiment demain ? », le journaliste Olivier Tesquet explique :

[…] tandis que le corpus culturel ne cesse de grossir, les pythies des nouvelles technologies promettent une convergence imminente entre l’intelligence artificielle et la robotique. Un point de non-retour que Ray Kurzweil, le futurologue en chef de Google, nomme « singularité technologique ». Soit le moment où l’homme devra « s’augmenter » tel un cyborg pour rivaliser avec une machine qui le surpasse12.

Troisième éclairage, celui de Claire Chartier qui, dans un article pour L’Express intitulé « Il sera possible de vivre trois cents ans », écrit :

Le terme même de « transhumanisme » est apparu en 1957 sous la plume du généticien Julian Sorell Huxley, frère d’Aldous, auteur du Meilleur des mondes – l’un aurait-il inspiré l’autre ? Mais c’est avec l’essor du web et l’explosion, trente ans plus tard, des NBIC – des nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives13 – que le mouvement, pétri de libertarisme à l’américaine, décolle véritablement. Les idéologues transhumanistes trouvent dans les fabuleuses avancées de cette troisième révolution industrielle la confirmation de leurs prophéties : la technologie peut libérer l’humain des contraintes naturelles – la vieillesse et la maladie. Jusqu’à – pourquoi pas ? – nous faire tutoyer l’éternité. […] [Mais] Veut-on vraiment vivre une éternité ? Sommes-nous partis pour enrichir l’espèce humaine ou pour la sacrifier14 ?

Quatrième éclairage, celui de Luc Ferry qui, dans un article, toujours pour L’Express, intitulé « Transhumanisme, le pire comme le meilleur » et relatif à la publication de son ouvrage La Révolution transhumaniste paru chez Plon en 2016, explique la différence entre « transhumanistes biologiques » et « posthumanistes cybernétiques » :

Les premiers se réclament volontiers de l’humanisme traditionnel, notamment de Condorcet. On trouve déjà au temps des Lumières l’idée que la perfectibilité humaine est infinie, qu’elle doit s’attaquer non seulement aux inégalités sociales, mais aussi aux inégalités naturelles. Les seconds, bien représentés par Ray Kurzweil, patron de l’Université de la singularité, créée grâce au financement de Google en 2008, sont des matérialistes radicaux. Ils projettent d’hybrider l’être humain avec l’ordinateur, donc de fabriquer des posthumains. Le croisement de la robotique et de l’intelligence artificielle permettrait de connecter notre esprit avec les réseaux du Web à l’horizon 2035 ou 204015.

Enfin, dernier éclairage, celui du journaliste Bruno D. Cot, qui, à la suite de Luc Ferry, dans un article intitulé « Immortels, jusqu’où ? » écrit :

Nombre de transhumanistes […] espèrent nous voir nous réincarner dans des machines pour atteindre, enfin, l’immortalité. Un concept dit d’« uploading » qui consisterait, ni plus ni moins, à télécharger le contenu de notre cerveau. Avec un postulat simpliste : un esprit se résumerait techniquement à l’interaction entre des neurones. Il suffit de le comprendre, de le cartographier, avant de le reproduire pour réaliser une « copie » de sauvegarde de notre personnalité. Puis de brancher (« plugger ») notre encéphale sur n’importe quel support informatique16.

Ces cinq éclairages, que corrobore l’analyse de Jean-Claude Heudin, nous ont semblé nécessaires pour montrer combien Transcendance rend compte de toute la richesse polémique de ces débats autour de ces concepts.

Ambivalence et ambiguïté du personnage de Will

La perception du professeur par les personnages oscille au cours du film entre celle d’un idéaliste, ou d’un scientifique aguerri en avance sur son temps, et celle – après le scan de son cerveau dans le super-ordinateur – d’une figure transformée, différente du premier Will et dévorée par sa seule volonté de puissance, d’expansion et de contrôle total des destinées de l’être humain et de la planète, jusqu’à ce que les dernières scènes opèrent un renversement en laissant penser que l’ancien et le nouveau Will sont bien identiques. Avant cette apocalypse identitaire, Transcendance pose par conséquent plusieurs questions cruciales : se trompe-t-on sur les intentions du premier Will, perçu à tort comme bienveillant ? Ou bien se méprend-on sur les intentions du nouveau Will, qui ne ferait en réalité que poursuivre le « rêve » de l’humain qu’il était – ou plutôt celui d’Evelyn –, avec pour objectif le bien de l’humanité ?

Tout commence dans le film par une conférence que donne Will, à la demande d’Evelyn, de façon à continuer à pouvoir lever des fonds, exercice auquel il se prête de mauvaise grâce. C’est d’ailleurs le « rêve » d’Evelyn qu’il mentionne aussitôt que la parole lui est donnée en affirmant : « Ma femme rêve de changer le monde. Mais… je me contenterais déjà de le comprendre »17 (T, 09 min 10 s.). Il se lance ensuite dans l’explication vulgarisée des concepts de « singularité » et de « transcendance », que nous avons déjà évoqués :

Connectée, une machine douée de raison repoussera les limites de la biologie. En peu de temps, sa capacité d’analyse sera supérieure à l’intelligence collective de tous les individus nés depuis que le monde existe. Imaginez une telle entité dotée de tout le ressenti humain et même d’une conscience. Certains chercheurs appellent cela « la singularité »18. Je l’appelle « transcendance »19. La conception d’une telle intelligence exige d’élucider les secrets les plus fondamentaux de l’univers. Quelle est la nature de la conscience ? L’âme existe-t-elle ? Et si c’est le cas, où réside-t-elle ? (T, 09 min, 42 s.)

Dans le public, un homme levé pose une question : « Alors, vous voulez créer un dieu ? Votre propre dieu ? » « Très bonne question », répond Will qui ajoute : « N’est-ce pas ce que l’homme a toujours fait ? » (T, 11 min 10 s.). C’est ce même personnage qui tire sur le scientifique à l’issue de la conférence en criant : « Vous êtes tous des esclaves » (T, 11 min 45 s.), avant de retourner son arme contre lui, laissant voir en tombant le tatouage « unplug » sur son bras.

Plus tard, Will découvre qu’il a été irradié via la balle au polonium et qu’il n’a plus qu’un mois à vivre. Evelyn décide alors d’employer la méthode du Docteur Tom Casey, un collègue assassiné par le RIFT, qui avait selon elle déjà résolu le problème de l’I.A. : « Au lieu de fabriquer une intelligence, il en a dupliqué une. […] Il a téléchargé l’activité cérébrale [d’un] singe comme une chanson ou un film. […] Le cerveau de Will est un réseau électrique qu’on peut sauvegarder dans PINN »20 (T, 24 min 04 s.). Contre toute attente, le procédé fonctionne et Will se manifeste sur un écran après sa mort biologique, disant presque aussitôt à Evelyn : « Je dois me développer, j’ai besoin de plus d’énergie. Un nouveau processeur, trois fois plus puissant. […] C'est indescriptible. Comme si mon esprit était libéré. Connectez-moi… que j’accède aux marchés… aux banques de données… » (T, 37 min 28 s.). Une polémique monte entre Max qui pense qu’il s’agit d’une I.A. peut-être consciente mais pas de Will21, qui ne peut pas vouloir d’emblée se connecter à Wall Street, et Evelyn qui voit des images de véritables souvenirs à eux s’afficher sur l’écran, qui ne pouvaient être connus de PINN. Evelyn chasse alors Max car il souhaite déconnecter par prudence l’I.A. momentanément, puis elle parvient à connecter Will à internet et à fuir juste avant l’arrivée des membres du RIFT qui ont réussi à la localiser.

A la fin du film, après avoir soutenu tous les projets du nouveau Will, Evelyn en vient à être convaincue que ses intentions sont d’accéder à l’omnipotence, au contrôle de l’humanité et de la Terre entières. Cette prise de conscience a lieu lorsque Max lui montre que l’eau que le nouveau Will a fait pleuvoir dans le désert contient des nanoparticules (qu’il a créées et qui sont connectées à lui) – nanoparticules visibles à l’œil nu pour les besoins de la démonstration… – qui « [p]artout où c’est possible, […] se duplique[nt] à l’infini » […] [et] se dissémine[nt] par le vent à la surface de la terre » (T, 90 min 14 s.). Le spectateur assiste alors à plusieurs plans sur des essaims de particules qui montent vers un ciel chargé de nuages et sur une vaste étendue d’eau encastrée à flancs de montagne. Max ajoute que la machine aura bientôt colonisé (parasité ?) toute la planète (une planète devenue cyborg ?), que son but serait « la fin de la vie organique primitive » pour aller vers une « ère nouvelle plus évoluée » où la vie n’existerait « que pour être au service de son intelligence » (T, 90 min 40 s.). Evelyn accepte alors de s’injecter un virus créé par Max à partir du code source dont il dispose depuis la création de PINN et de se sacrifier pour convaincre le nouveau Will, réincarné dans un corps humain qu’il a créé, d’« uploader » le virus et de se détruire. Elle retourne à sa ferme, son laboratoire souterrain construit dans un désert et recouvert de panneaux solaires à perte de vue, où se trouve Will. Mais, voyant qu’il hésite à laisser sa femme pénétrer à l’intérieur des installations, l’armée et le RIFT, postés à proximité, décident de tirer pour la blesser et pour le contraindre à la protéger. Retournement de situation, après que Will a permis à Evelyne d’entrer, il « uploade » le virus en posant sa main sur la blessure profonde de sa femme. Aussitôt, celle-ci affirme : « Je vois tout. » (T, 104 min 57 s.), tandis qu’apparaissent à l’écran des images recourant à d’ostensibles pano-travellings sur les panneaux solaires de la ferme, sur des espaces désertiques, sur une usine chimique et sur des étendues d’eau, images illustrant le discours de Will : « Regarde le ciel… Les nuages… Nous réparons l’écosystème, nous ne le détruisons pas. Les particules se mêlent aux vents. Elles recyclent les polluants. Les forêts peuvent se régénérer. […] C’est ton rêve. » (T, 105 min 12 s.) Evelyn reconnaît enfin qu’elle a bien le vrai Will à ses côtés et s’en veut de ne pas avoir cru en lui.

Le soin de la Terre au risque du cyborg

Avant le retournement que nous venons d’évoquer, Evelyn croit donc découvrir trop tard les véritables intentions de son mari concernant les aspects et les conséquences du programme curatif qu’il souhaite administrer à la Terre et à ses habitants. Chez elle, l’enthousiasme des perspectives qu’a ouvertes le téléchargement de Will dans PINN cède progressivement la place à l’angoisse, voire à la terreur face aux cyborgs que Will a créés, humains augmentés aux pouvoirs physiques extraordinaires, et face à l’émergence du nouveau Dieu Will, différent de son mari, auquel ces créatures sont entièrement soumises, du fait de leur connexion neuronale et informatique avec lui. Tout se passe comme si le film voulait montrer jusqu’à la fin que le risque du cyborg devait être enrayé, quel qu’en soit le prix pour la planète.

Tout commence là aussi lors de la conférence au début du film durant laquelle Max et Evelyn interviennent avant Will. Tandis que le premier explique vouloir utiliser l’I.A. pour « la détection des cancers, et dans l’espoir de soigner la maladie d’Alzheimer. Autrement dit, de sauver des vies » (T, 07 min 50 s.), la seconde affirme : « Les machines intelligentes permettront bientôt de résoudre les énigmes les plus insolubles. Non seulement vaincre la maladie, mais éradiquer la pauvreté et la faim. Soigner la planète. Et construire un meilleur avenir pour nous tous. » (T, 08 min 32 s.) Si Max renonce à utiliser l’I.A. aussitôt le cerveau de Will téléchargé dans PINN, le reniement d’Evelyn vis-à-vis de Will et de son propre « rêve » n’intervient en revanche qu’à l’issue d’un long processus.

Dans une localité perdue dans le désert du nom évocateur de « Brightwood », elle parvient en effet dans un premier temps à faire édifier une ferme solaire et une salle de laboratoire gigantesques dont les différents niveaux se répartissent en sous-sol et sont semi-cloisonnés par des murs transparents avec des écrans géants fixés au plafond. A l’intérieur des centaines de box se trouvent des machines qui reconstruisent de la matière, révolutionnant les nanotechnologies. Will affirme ainsi à Evelyn, comme pour la rassurer par anticipation :

On peut réparer n’importe quel matériau plus vite qu’avant. Cellules souches, régénération des tissus, les applications… sont sans limites. […] Ils auront peur, au début. Mais au vu des possibilités, je pense qu’ils y adhèreront et que ça bouleversera leur vie. (T, 60 min 06 s.)

Un événement va cependant mettre à mal la confiance inébranlable qu’elle a en lui lorsque son chef de chantier est grièvement blessé. Ramené à l’intérieur du laboratoire par des employés qui s’inquiètent de ce que les machines vont faire de lui, il est manipulé par des bras articulés qui scannent entièrement son corps et par des doigts-sondes mécaniques qui s’insèrent à l’intérieur des plaies, puis qui régénèrent sa jambe brisée et son visage tuméfié, une partie de son crâne rasé affichant une étrange couleur grisâtre. Lors de la séquence suivante, Evelyn constate que l’homme a été augmenté car il peut soulever 400 kg de matière métallique, des composants électroniques greffés sur son crâne apparaissant désormais clairement au regard d’Evelyn, qui réalise l’existence du cyborg connecté à Will lorsque celui-ci prend le contrôle de l’homme pour lui faire dire : « C’est moi, Evelyn. » (T, 63 min 56). C’est le début de la création d’une chaîne de cyborgs, Will ayant laissé l’information relative à la guérison miraculeuse du premier cyborg devenir « virale », et c’est aussi le commencement des inquiétudes d’Evelyn.

C’est également à partir de là que l’esthétique futuriste du film devient à la fois assez spectaculaire et très naïve dans la mise en place de l’allégorie christique. Et Will de répéter qu’il souhaite redonner espoir aux gens en les réparant. Et Joseph Tagger, ancien collègue et ami passé du côté de l’armée et du RIFT, de s’exclamer « Jésus-Christ ! », lorsqu’il découvre l’I.A. Will sur les écrans du nouveau laboratoire dans lequel il a été invité, en même temps que Buchanan, un agent du gouvernement. Tagger et Buchanan ont ainsi l’occasion d’assister à la guérison d’un aveugle de naissance que les doigts-sondes d’une machine opèrent, un insert sur le blanc de son œil permettant de dévoiler son irrigation progressive par des lignes noires, comme par autant de lignes de codes informatiques. Et l’ancien aveugle de s’exclamer à son tour « Mon Dieu ! » lorsqu’il se met à voir.

Après que Will a précisé à ses invités qu’il ne cachait rien, que les gens transformés étaient venus de leur plein gré et qu’ils avaient été optimisés, modifiés et connectés, restant autonomes mais pouvant agir en réseau grâce à leur intelligence collective, Tagger fait en sorte de glisser un mot manuscrit à Evelyn, lui conseillant de fuir. C’est ce qu’elle finit par faire et, au moment où l’armée l’utilise comme appât en la blessant, Will donne un autre aperçu de son pouvoir tentaculaire et démiurgique. Pour répondre aux tirs, il tend sa volonté pour reconstruire les panneaux solaires détruits (on voit des particules former comme des lianes à la surface de la terre qui se mettent à les réparer) ; puis ces lianes de particules se propagent à toute vitesse et détruisent les armes des alliés, qui constatent du haut d’un mirador que (toute ?) la population de la ville s’est regroupée en contre-bas et les scrute du regard, sans armes, sans aucune expression sur le visage. Les cyborgs de Will passent ensuite à l’attaque, hommes, femmes et enfants s’emparant de tout ce qu’ils trouvent (machine à laver, objets en tous genres) pour former des barricades, d’autres formant une barrière en forme de chaîne humaine. Alors que les lianes avaient neutralisé les militaires dans le mirador, celles-ci se dissolvent lorsque Will « uploade » le virus, les cyborgs s’effondrant littéralement, l’aveugle perdant la vue. Libérés, les alliés constatent que Will n’a cependant tué personne, fidèle à une promesse qu’il avait faite.

La métamorphose de la « menace terroriste »

Le spectateur est donc amené à s’interroger sur le pacte contre-nature qu’établissent le groupe de « terroristes anti-technologiques » et les services militaires du pays, qui les traquaient pourtant d’abord sans relâche, ce qui suscite un certain malaise : sans qu’il soit possible de se faire un avis tranché, Transcendance fait en effet endosser successivement l’habit de « terroristes » aux différents protagonistes sur lesquels planent tantôt le spectre du fanatisme, de l’obscurantisme et du martyre, tantôt l’aura de la salvation, orchestrée par des hommes (et des « dieux » ?) en réseaux.

La première « menace » clairement identifiée est celle du mouvement RIFT, « Révolution et Indépendance face à la Technologie », qui devient « virale » et « pirate » au sens où elle infiltre les groupes de scientifiques travaillant sur l’I.A., où elle parvient à perpétrer en même temps trois attentats meurtriers contre le Docteur Tom Casey – celui qui a le premier réussi à télécharger l’activité cérébrale d’un singe dans une machine –, contre l’équipe du docteur Joseph Tagger – seul survivant du carnage –, et contre Will lui-même. Les membres du RIFT sont résolus à empêcher toute « transcendance », prônant la déconnexion totale, bien qu’ils utilisent pour atteindre leur objectif tous les moyens informatiques à leur disposition. Leur manifeste se résume à l’idée que l’I.A. est une abomination contre-nature et une « menace » pour l’Humanité. A la suite de leurs attentats, l’agent Buchanan commente la catastrophe en disant que son équipe n’a pas vu venir la « vraie menace ». Tagger demande alors à Will de collaborer avec le gouvernement, mais celui-ci refuse dans un premier temps car il n’aurait jamais utilisé son argent et par conséquent ne lui devrait rien. Devant l’insistance de Buchanan à découvrir le projet PINN, Will accepte d’ouvrir les portes de son premier laboratoire en demandant toutefois s’il a vraiment le choix. A ce moment du film, Will tente donc d’adopter une forme de neutralité, garante selon lui de son indépendance en matière de recherche. Mais, une fois mort, une fois sa conscience téléchargée dans PINN et connectée au réseau, il décide de mettre au service de Tagger et du gouvernement toute sa puissance de calcul pour pirater l’ensemble des systèmes informatiques de l’équipe de Buchanan, afin de lui permettre de géo-localiser en même temps les « terroristes » du RIFT. Will téléchargé dans PINN bascule donc à ce moment du côté des anti-RIFT, de crainte d’être éliminé. Le « piratage » qu’il effectue et qui affole d’abord Buchanan et ses agents, est donc ensuite perçu comme positif, les arrestations des membres du RIFT se produisant en cascades grâce à cette aide inattendue. Le spectateur, que la propagation virale de Will et l’augmentation de ses capacités alertent d’un côté, ne peut, d’un autre côté, que manifester une forme d’empathie vis-à-vis de cette I.A., qui en plus d’elle-même, cherche à protéger sa femme et la communauté scientifique d’un groupe qui commet des actes terroristes meurtriers. Mais le spectateur se trouve bientôt déstabilisé par une révélation que fait Bree – l’une des têtes pensantes du RIFT et ancienne stagiaire du Docteur Casey qu’elle n’a pas hésité à faire tuer –, lorsqu’elle tente de convaincre Max d’utiliser le code source de PINN qu’il a conçu, afin d’arrêter Will. Bree apprend en effet à Max qu’après avoir été enthousiasmée par les recherches de Casey, elle a compris qu’ils avaient franchi une limite lorsqu’ils ont « uploadé » le singe dans une machine : « La machine qui se prenait pour un singe ne faisait jamais de pause. Elle ne mangeait pas, ne dormait pas. Elle ne faisait que hurler. Elle nous suppliait d’arrêter. De l’éteindre. » (T, 51 min 58 s.) Cette phrase évoque en effet une réalité terrifiante qui trouve son pendant dans l’action qui se déroule dans le nouveau laboratoire de l’I.A. Will : pendant qu’Evelyn vit, mange, dort au cœur d’un sanctuaire semi-virtuel, décoré par l’I.A. à l’image de leur ancienne maison, à force d’images changeantes qu’elle projette sur les parois en fonction de ce qu’elle croit être l’humeur d’Evelyn, Will ne fait « jamais de pause », ne dort pas, ne mange pas – Evelyn lui faisant d’ailleurs remarquer qu’il est inutile de lui faire entendre le son de couverts s’entrechoquant qu’il ne manipule pas –. Convaincu par Bree, Max décide de faire se rencontrer les membres du RIFT et les agents de Buchanan, lequel doit lui-même convaincre son supérieur qu’il est temps de coopérer avec le RIFT contre l’I.A. Will. Son interlocuteur répond d’abord qu’on ne travaille pas avec des « terroristes », Buchanan rétorquant que la « menace » est « réelle », la seule solution à son avis étant d’organiser le bug du siècle, de couper internet, de débrancher tous les ordinateurs en réseau et d’utiliser si besoin in fine les « terroristes » comme boucs émissaires. Par l’un de ces retournements qui participe de la poétique du film, la « menace », « virale » ou « pirate » devient ainsi principalement l’I.A. Will et non plus le RIFT.



Le film Transcendance, échec au box-office, échec critique, passé relativement inaperçu, nous semble toutefois très intéressant en ce qu’il reflète bien les débats sur l’« Intelligence Artificielle » (soit une machine intelligente dotée d’une conscience de soi), la « singularité » (soit le moment où l’homme sera susceptible de devenir en partie cyborg pour tenter de rivaliser avec une I.A. qui le surpasse), la « transcendance » (soit le moment du dépassement de cette singularité : quand une I.A. pourra devenir capable de se développer sans l’intervention humaine et quand l’humanité pourra lui confier sa destinée), ainsi que sur les peurs relatives au fait que, selon Jean-Claude Heudin, « [m]alheureusement, l’idée même de convergence NBIC [nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives] [soit] devenue synonyme de transhumanisme, c’est-à-dire [d’]une philosophie volontariste de transformation radicale de l’humanité »22.

Le film articule ainsi sa poétique et, à un degré moindre son esthétique, autour des concepts de « viralité », de « parasitage » et de « piratage », qui sont utilisés pour suggérer le vertige des potentialités que nous fait entrapercevoir la recherche scientifique, l’extrême dangerosité que ses applications concrètes peuvent représenter, les dérives et les réactions fanatiques qu’elles peuvent susciter. Ces concepts donnent également lieu à un affrontement entre discours et contre-discours des personnages, relatifs au type d’interactions qui seraient possibles ou non entre l’humain, la nature et la technologie.

Tout se passe en effet comme si le film voulait retourner en permanence l’opinion du spectateur sur l’ensemble des sujets abordés, sa fin proposant un ultime coup de théâtre. Si celle-ci s’inscrit dans le cadre d’une poétique classique voyant le film se clore sur son commencement et assimilant par conséquent son développement à une gigantesque analepse, elle propose toutefois une sorte d’épilogue qui relance les interrogations. Mais, pour parler de l’épilogue, il faut renouer avec le début de Transcendance qui montre le personnage de Max évoluant sur une Terre ayant connu un black out informatique mondial qui l’a privée de son électricité, de son énergie et de son réseau internet. De manière peu crédible à l’écran, ce black out semble d’ailleurs ne poser aucun problème d’organisation aux personnages qu’il croise sur son chemin. Max effectue donc au commencement du film une sorte de pèlerinage dans le jardin de ses défunts amis Will et Evelyn, dont l’histoire va être racontée. Par la vertu d’un fondu enchaîné et d’une incrustation textuelle indiquant que l’action se déroule désormais cinq ans plus tôt, le spectateur se trouve projeté dans le passé et voit Will construire dans le même jardin un sanctuaire, une cage de Faraday qui ne doit laisser passer aucun signal, d’aucune sorte. Le spectateur ne comprendra son utilité que dans les dernières minutes du film, au moment de l’agonie d’Evelyn et de Will qui demande à sa femme de penser à leur jardin, leur « sanctuaire », ajoutant : « Je ne te laisserai jamais partir. » (T, 107 min 55). Le jardin apparaît alors à l’écran, avec des gouttes d’eau qui perlent sur les branches des arbres et dans la cage. L’une de ces gouttes tombe sur tournesol qui s’ouvre ou se régénère à l’intérieur du jardin, tandis que toutes les machines dans la ferme-laboratoire et les villes s’éteignent, en même temps que l’I.A. Will réincarnée meure. Le film opère alors un retour à sa séquence introductive : on revoit Max aller dans le jardin, affirmant en voix over qu’il sait qu’il existe forcément autre chose, que Will a créé ce jardin dans le même but que tout le reste, rester aux côtés d’Evelyn. Le film se clôt par un gros plan sur une goutte d’eau tombant d’un tournesol sur une tôle de métal contenant un peu d’eau : le spectateur commence alors à voir des lignes se former à l’intérieur du liquide puis des particules s’élever.

1 Eric Dufour, Le Cinéma de science-fiction, Paris, Armand Colin, 2011, p. 174.

2 Ibid.

3 « Le titre fait lui-même explicitement référence aux fantômes (ghost) et au numérique, un "Shell" étant en informatique un langage interface pour

4 Eric Dufour, op. cit., p. 175.

5 Ibid.

6 Wally Pfister, Transcendance, © Alcon Entertainment, 2014, 119 min. Nous renverrons désormais à ce film entre parenthèses, à la suite des citations

7 Wally Pfister a été directeur de la photographie de certains films de Christopher Nolan. Transcendance est son premier long-métrage.

8 « Ecofiction » qui peut répondre en partie à la définition qu’en donne Christian Chelebourg : « J’appelle écofictions les produits de ce nouveau

9 Suivant en cela la thèse « computationnaliste », « théorie selon laquelle l’esprit humain peut être considéré comme un système de traitement de l’

10 « Le concept d’intelligence artificielle forte fait référence à une machine capable non seulement de produire un comportement intelligent, mais

11 Propos recueillis par Richard Sénéjoux pour Télérama, n° 3458, 20/04/16, p. 6-10, p. 10.

12 L’Express, n° 3379, semaine du 6 au 12 avril 2016, p. 22-26, p. 24.

13 Jean-Claude Heudin définit la « convergence NBIC » comme une coopération naturelle entre différentes disciplines : « […] les nanotechnologies

14 L’Express, n° 3379, semaine du 6 au 12 avril 2016, p. 40.

15 Id., p. 42.

16 Id., p. 47.

17 Les retranscriptions des dialogues sont effectuées par nos soins en français à partir de la version sous-titrée du Blu-ray Disc.

18 « L’intelligence surhumaine totale n’est pas encore connue. Il s’agirait d’une intelligence qui surpasserait celle de n’importe quel homme, voire

19 « Le terme de transcendance qui donne son titre au film est utilisé par les transhumanistes pour faire référence à la singularité technologique

20 Il s’agit de la Première Interface Neuronale Non asservie, ou super ordinateur, qu’elle a créée avec Max Waters et son mari.

21 Jean-Claude Heudin formule en d’autres termes les éléments et les enjeux de cette polémique : « […] imaginons que nous soyons finalement capables

22 Jean-Claude Heudin, op. cit., p. 231. Or, pour le même auteur, « l’on peut évidemment imaginer des recherches multidisciplinaires ou

1 Eric Dufour, Le Cinéma de science-fiction, Paris, Armand Colin, 2011, p. 174.

2 Ibid.

3 « Le titre fait lui-même explicitement référence aux fantômes (ghost) et au numérique, un "Shell" étant en informatique un langage interface pour contrôler un système d’exploitation. Le terme ghost est également utilisé pour nommer l’esprit, l’âme humaine, ce qui fait la différence entre un robot et un humain, et shell (coquille) pour l’armure robotisée, l’exosquelette qui protège les forces d’intervention. » (Jean-Claude Heudin, Immortalité numérique. Intelligence artificielle et transcendance [2014], Science-eBook, 2016, p. 273).

4 Eric Dufour, op. cit., p. 175.

5 Ibid.

6 Wally Pfister, Transcendance, © Alcon Entertainment, 2014, 119 min. Nous renverrons désormais à ce film entre parenthèses, à la suite des citations qui en seront extraites, par la lettre T suivie du minutage du début de la séquence correspondante.

7 Wally Pfister a été directeur de la photographie de certains films de Christopher Nolan. Transcendance est son premier long-métrage.

8 « Ecofiction » qui peut répondre en partie à la définition qu’en donne Christian Chelebourg : « J’appelle écofictions les produits de ce nouveau régime de médiatisation des thèses environnementalistes. Leur champ […] englobe l’ensemble des discours qui font appel à l’invention narrative pour diffuser le message écologique » (Les Ecofictions. Mythologies de la fin du monde, Clamecy, Les Impressions nouvelles, « Réflexions faites », 2012, p. 10-11).

9 Suivant en cela la thèse « computationnaliste », « théorie selon laquelle l’esprit humain peut être considéré comme un système de traitement de l’information » (Jean-Yves Goffi, « Transhumanistes et bioconservateurs », in Véronique Adam et Anna Caiozzo (dir.), La Fabrique du corps humain : la machine modèle du vivant, MSH-Alpes, p. 358, cité par Eric Dufour, op. cit. p. 178).

10 « Le concept d’intelligence artificielle forte fait référence à une machine capable non seulement de produire un comportement intelligent, mais aussi d’avoir une conscience de soi et une véritable compréhension de ses propres raisonnements. » (Jean-Claude Heudin, op. cit., p. 257).

11 Propos recueillis par Richard Sénéjoux pour Télérama, n° 3458, 20/04/16, p. 6-10, p. 10.

12 L’Express, n° 3379, semaine du 6 au 12 avril 2016, p. 22-26, p. 24.

13 Jean-Claude Heudin définit la « convergence NBIC » comme une coopération naturelle entre différentes disciplines : « […] les nanotechnologies regroup[e]nt l’ensemble des techniques permettant de concevoir des systèmes au niveau moléculaire, les biotechnologies inclu[e]nt entre autres l’ingénierie génétique et les travaux en médecine régénérative, l’informatique regroup[e] ses aspects électroniques et réseaux, mais aussi la robotique et l’intelligence artificielle sous toutes ses formes, et enfin les sciences cognitives dont l’objectif est la compréhension du cerveau humain. […] La recherche dans le domaine des nanotechnologies est intimement liée à l’industrie électronique qui travaille depuis toujours sur les matériaux au niveau physique. Il est donc certain que les avancées comprendront des techniques permettant de créer de nouveaux composants électroniques pour démultiplier les capacités de traitement des circuits numériques. En retour, des réseaux d’ordinateurs plus puissants permettront de traiter plus efficacement les gigantesques volumes de données nécessaires à la compréhension du fonctionnement du génome ou du cerveau. De même, cette connaissance accrue des systèmes biologiques naturels pourrait conduire à des innovations en termes d’architecture des ordinateurs ou d’algorithmes en intelligence artificielle. » (op. cit., p. 129-131).

14 L’Express, n° 3379, semaine du 6 au 12 avril 2016, p. 40.

15 Id., p. 42.

16 Id., p. 47.

17 Les retranscriptions des dialogues sont effectuées par nos soins en français à partir de la version sous-titrée du Blu-ray Disc.

18 « L’intelligence surhumaine totale n’est pas encore connue. Il s’agirait d’une intelligence qui surpasserait celle de n’importe quel homme, voire de la totalité des hommes s’ils joignaient leur intelligence. C’est à ce niveau que l’on peut parler de singularité technologique. » (Jean-Claude Heudin, op. cit., p. 165).

19 « Le terme de transcendance qui donne son titre au film est utilisé par les transhumanistes pour faire référence à la singularité technologique tout en la dépassant. Il s’agit à la fois du moment où une intelligence artificielle deviendra capable de progresser et de se complexifier sans l’intervention humaine, mais aussi une attitude de confiance totale et d’abandon de la destinée de l’humanité au progrès technologique. » (Jean-Claude Heudin, op. cit., p. 157).

20 Il s’agit de la Première Interface Neuronale Non asservie, ou super ordinateur, qu’elle a créée avec Max Waters et son mari.

21 Jean-Claude Heudin formule en d’autres termes les éléments et les enjeux de cette polémique : « […] imaginons que nous soyons finalement capables de scanner l’intégralité de la structure neuronale du cerveau d’un individu, puis de la reproduire dans la mémoire d’un ordinateur suffisamment puissant pour simuler son fonctionnement en un temps raisonnable. Le résultat permettrait-il de progresser sur la connaissance des processus cérébraux ? Sans aucun doute. Est-ce que l’on pourrait confondre le comportement du cerveau biologique avec son modèle synthétique ? Cela semble extrêmement improbable. Imaginez que vous vous réveillez un matin et que vous êtes devenu aveugle, sourd et muet. Vous ne sentez plus vos jambes ni vos bras. Vous ne ressentez plus rien en fait. Vous êtes un cerveau dans un bocal, totalement déconnecté de la réalité. Voilà en quelques mots ce que signifie le chargement de l’esprit dans un ordinateur. » (Jean-Claude Heudin, op. cit., p. 159).

22 Jean-Claude Heudin, op. cit., p. 231. Or, pour le même auteur, « l’on peut évidemment imaginer des recherches multidisciplinaires ou transdisciplinaires sans vouloir pour autant modifier fondamentalement l’homme ou créer un post-humain » (ibid, p. 231).

Marc Arino

Marc Arino est Docteur en Littérature québécoise de l’Université Bordeaux Montaigne, spécialiste de l’œuvre de Michel Tremblay : depuis 2007, il est Maître de conférences en 9e section, Langue et littérature françaises, à l’Université de La Réunion où il enseigne la Littérature française, le Cinéma et les Littératures francophones (en particulier la Littérature québécoise) en Licence de Lettres Modernes, Master Recherche Lettres et MEEF Lettres Modernes. Membre de l’EA 7387 DIRE à l’Université de La Réunion, il a publié une quarantaine d’articles sur des auteurs francophones contemporains ou sur le cinéma, ainsi que la version remaniée de sa thèse et cinq ouvrages en codirection, dont le dernier s’intitule : ILES/ELLES. Résistances et revendications féminines dans les îles des Caraïbes et de l’océan Indien – XVIIIe-XXIe siècles (dir. avec Valérie Andrianjafitrimo-Magdelaine), Ille sur Tet, Editions K’A, « Méné », 2015, 331 p

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